Reportage pour FAMOSA – N° 4 (2013)

famosa
N°1 Cynthia Pinet
Cynthia Pinet, productrice de cinéma
Pazayac est son village et Terrasson Lavilledieu sa ville
Cynthia Pinet, jeune productrice de cinéma est née à Brive la Gaillarde la veille des années 80 et a grandi dans le légendaire Périgord noir traversé par la Vézère. Pazayac est son village et Terrasson Lavilledieu sa ville. A l’été 2012, elle ne cache pas sa joie de revenir au pays, comme on dit ici, pour le tournage de sa première production « Une vie déportée » un court métrage signé Marie-Hélène Roux.
Le Bac en poche elle ponctue ses études d’un Deug de géographie et d’un IUT gestion des entreprises option finances à Limoges. Mais la sportive de haut niveau en Tennis de table a la bougeotte et ses pensées se portent irrésistiblement là-haut, vers la capitale. Trois années passées à Limoges lui deviennent suffisantes. Elle a 21 ans. C’est décidé. Elle monte à Paris où elle répond aussitôt, sans trop y croire, à une annonce d’emploi dans la production. Pourquoi Pas ? A sa grande surprise, elle est retenue. Son parcours atypique (sport/géographie/finances) a séduit le recruteur. Elle n’aura de cesse d’apprendre son métier avec passion. Après s’être aguerrie durant huit années avec Philippe Godeau de Pan Européenne Production et trois ans avec Alexandre Mallet-Guy de Mémento Films elle crée en 2009 Tracks’n Films, une société de projections d’œuvres d’auteurs suivis de débats en la présence des réalisateurs. Elle donne ainsi à de petits films en manque de distributeurs, la chance d’exister. En 2011, elle rencontre aux Etats-Unis l’actrice Marie-Hélène Roux alors en pleine campagne de crowdfunding (recherche de dons et de partenaires) pour financer un long métrage dont elle a écrit le scénario. Cette campagne menée d’une main de maître attise la curiosité de Cynthia qui la contacte. Les deux jeunes femmes parlent de nombreux projets et leurs visions du 7ème art les révèlent complémentaires. Dans la foulée, elles se retrouvent au ‘’Short Corner’’ du festival du film à Cannes où Marie-Hélène présente en qualité de scénariste et productrice son tout premier court métrage « Remember the Eyes ». Cynthia décide de créer sa propre maison de production ‘’1 divided Films (Undivided)’’ pour travailler sur les projets de Marie-Hélène qu’elle pousse plus loin dans sa démarche. « Mais pourquoi ne réaliserais-tu pas, lui souffle t- elle? » Et voilà, l’aventure prit vite corps.

N°2 Marie-Hélène Roux

« J’ai à cœur, explique Cynthia, de développer des projets à fort caractère social amenant le spectateur à réfléchir et à se questionner. ‘’ Une vie déportée’ ’est exactement le genre de films que j’ai envie de soutenir. Je reste impressionnée par la vision cinématographique et la volonté de Marie-Hélène à vouloir représenter la richesse des sentiments humains. Ses sujets sont graves, comme le viol, le handicap, ou encore l’immigration mais ils sont toujours traités avec justesse et espoir. Son univers n’est pas larmoyant. Ses films nous poussent à réfléchir sur la condition humaine et sur notre confrontation à la différence, qu’elle soit sociale, physique ou morale. C’est pour cela qu’elle m’a convaincue de produire sa première réalisation. Aux Etats-Unis, le producteur a un travail très semblable à celui d’un réalisateur en France. Il n’est pas seulement un financier. Il participe à toutes les étapes artistiques du film, du choix du casting au montage final. Je suis vraiment très heureuse car le tournage s’est passé dans la maison familiale de Maneyrol sur la commune de Pazayac, sur les remparts de Terrasson, à La Feuillade et nous avons fait travailler des professionnels locaux. De plus, le résultat correspond tout à fait à ce que nous attendions. »
L'affiche Une vie de déportée
Le film
Le Film, un drame contemporain de 25 minutes tourné en HD raconte l’histoire de Julia, une jeune française qui après avoir vécu plus de quinze ans aux Etats-Unis se voit refuser le renouvellement de son visa puis, expulsée. Forcée de revenir en France elle abandonne sa famille adoptive, ses rêves, ses amis et ce qu’elle considérait comme sa terre. Elle tente de se construire une nouvelle vie dans sa famille de sang qui lui est étrangère, dans un pays où elle n’a pas sa place. Sans repère et sans avenir sa vie est remise en question.
« La détresse d’un être n’est pas seulement celle d’un africain qui tente de s’extraire à la famine du tiers-monde, ou celle d’un syrien tentant d’échapper au massacre des siens explique la jeune réalisatrice. Elle est aussi celle de ceux qui par manquent d’espoir et d’amour, ne se voient pas grandir sur une terre qui n’est pas la leur. C’est à cette détresse là que j’ai voulu m’intéresser. Avec un regard différent sur des vies choisies ou subies, j’ai voulu dire que le manque d’amour et de repères peuvent nous détruire. Le mot déporté dans le titre peut choquer mais il a été mûrement réfléchît car c’est ce que ressent Julia le personnage principal du film. Pour marquer le contraste avec une ville nouvelle américaine comme Los Angeles, pour accentuer le décalage mère- fille , le dépaysement de Julia, sa perte d’identité et de repères sans tomber dans des clichés de ruralité, j’ai souhaité tourner dans une région à fort caractère et historiquement riche en traditions comme la Dordogne. Ici, les demeures en pierres ont des allures de châteaux. »

N°6 Marie-Hélène Roux sur le tournage

Marie-Hélène filme les paysages comme les êtres avec une caméra empreinte d’émotion et d’humanité. D’entrée, il est évident que Danielle (la maman) et Julia (sa fille ) ne savent pas s’aimer malgré leurs bonnes intentions. Elle nous dévoile avec subtilité leur malaise profond et suggère plutôt que de montrer. Les comédiennes ne se crient pas dessus avec véhémence. Leurs sourires cachent leurs larmes intérieures. Nous sommes invités à réfléchir à l’importance de ces relations humaines. Elle nous démontre par ce court métrage de 25 minutes ce qu’elle aimerait créer avec sa volonté de nous imprégner de tolérance. « L’art influe sur nos sociétés et j’espère par ma démarche artistique y contribuer modestement. C’est ma première réalisation. J’en garderai toujours une affection particulière. »

Portraits

Marie-Hélène Roux issue du conservatoire de Paris a fait en partie son apprentissage avec Dominique Leverd. Puis, elle a suivi les cours ‘’d’acting de la Stella Adler Academy’’ de Los Angeles pour débuter sa vie professionnelle comme comédienne et la poursuivre par l’écriture et la production de scénarii. Très attachée à la notion de «cinéma d’auteurs stylisé » elle souhaite que les spectateurs puissent entrer dans un véritable univers cinématographique et pas seulement réaliste. « Je veux associer les valeurs du cinéma français, mon expérience et la technique américaine. »
N°3 Elsa Lunghini
Elsa Lunghini (dans le rôle de Julia) dont la filmographie ne cesse de croître, Garde à vue (Claude Miller), Train d’enfer (Roger Hanin), Rouge baiser (Véra Belmont), Femme de ma vie (Régis Wargnier) etc…. exprime à merveille les émotions de ce rôle fort et principal à travers lequel Julia (fille de Danielle) nous montre son choix de liberté, sa fuite, sa force et les fêlures de son désespoir.
N°4 Marie Bunel
Marie Bunel (dans le rôle de Danielle) à la filmographie imposante a travaillé notamment avec Claude Chabrol (Le sang des autres), Claude Lelouch (Les Misérables), Colline Serreau (Saint-Jacques …La Mecque), Christophe Barratier (Les Choristes), Christian Duguay (Jappeloup), ect.. Elle a été nominée au César du Meilleur espoir féminin en 1995.Dans « Une vie déportée » avec Danielle (maman de Julia), la talentueuse artiste campe le rôle difficile d’une femme amère qui a perdu ses idéaux et qui malgré sa volonté de tout contrôler reste vulnérable et fragile. Nous vivons son malaise jusqu’à la fin du film qu’elle bonifie d’une belle performance de comédienne.
N°5 Françoise Bertin
Françoise Bertin, Molière de la meilleure comédienne dans un second rôle en 1993 possède une filmographie des plus flatteuses. Elle a entre autres travaillé avec Jean-Pierre Mocky (le renard jaune) Claude Berri (Ensemble c’est tout), Guillaume Canet (Ne le dis à personne), Claude Chabrol (La fleur du mal), Alain Resnais (On connaît la chanson), Jean-Marie Poiré (Les anges gardiens) Henri Verneuil (Le corps de mon ennemi), Laurent Tirard (Le petit Nicolas), Bref de Bref (Canal plus) etc…. Elle incarne d’une sobriété solaire la grand-mère de Julia, pétillante de bonheur dans une touchante humilité, un personnage à la grande âme, ancré dans l’amour des autres, sans amertume et sans regret, apportant sagesse, compassion et force à sa petite fille qui en a tant besoin.

 

Projets

« Une vie déportée » a été présenté en avant première le 1er juin, au Ciné Rock de Terrasson. Il a reçu à Amsterdam le « Vang Gogh Award » du meilleur scénario et il a été sélectionné au « Festival Outfest » de Los Angeles. Il est indubitablement promis à un bel avenir. « De savoir que mon village, ma ville, ma région vont être vu de part le monde, me comble de joie conclue Cynthia. » La jeune productrice annonce deux projets en production écrits et réalisés par Marie-Hélène Roux : un long métrage qui traite de l’immigration aux États-Unis dont le tournage est prévu en mars prochain (une grande actrice française a déjà donné son accord pour le rôle principal) et un moyen métrage de 45 minutes qui sera tourné d’ici la fin de l’année en Dordogne. Marie Bunel et Vincent Winterhalter ont également donné leur accord pour interpréter les rôles principaux.

N°7 Préparation de la scène des retrouvailles Texte et photos Bernard Chubilleau Le 28 juillet 2013

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