Dans le Rétro de Chubilleau

                                                                                  1970

Depuis l’âge de dix ans, je me passionne pour le dessin d’art. Puis, à quinze ans (1966), je découvre la peinture à l’huile de lin et son odeur fascinante.

bernard Chubilleau 1970 r 1f                                               1970 r f

En 1969, je quitte Talence (Gironde) pour Saint-Astier en Dordogne. En 1970, je loue une chambre au Foyer des jeunes travailleurs de Périgueux où, lors de mon temps libre, je deviens animateur bénévole et responsable d’un ciné-club sans lâcher pour autant mes couleurs à l’huile de lin. Mes sujets de prédilections tournent autour des chanteurs de l’époque croqués avec des couleurs et des formes psychédéliques ( johnny, Beatles, Polnaref, la comédie musicale Hair etc…) et rendent heureux plus d’un copain ou copine. Sur les conseils de l’un d’entre eux, je vais acheter des tubes de peinture à Bordeaux où d’après lui, dans le rapport qualité prix, il n’y a pas photo.

reçu à la mairie de Périgueux rLors d’un stage linguistique de jeunes allemands vivent au Foyer des Jeunes travailleurs de Périgueux ( le FJT ). Je les accompagne à la mairie de Périgueux.

FJT r   Arrivé en gare de Bordeaux Saint-Jean, je reste un moment assis sur la banquette de la Micheline (X4300) à l’arrêt, dans le Port de la Lune. Je regarde rêveur les gens sur le quais. Je me retrouve seul dans la voiture voyageur et soudain, angoissé par l’idée que le train pourrait repartir pour une quelconque manoeuvre, je me précipite vers la porte de sortie. Sur la dernière banquette un appareil photo enveloppé dans sa sacoche de cuir a été oublié. Je le récupère à la sauvette et cherche en vain du regard un probable propriétaire, mais c’est comme chercher une aiguille dans une meule de foin. J’ouvre la sacoche découvrant un superbe appareil semblant à mes yeux sophistiqué. Il m’impressionne. Jusqu’à présent, je ne me suis servi que d’une petite boîte appelée Instamatic et dotée seulement d’une visée fixe et d’un déclic, un point c’est tout. Là, je tiens entre mes mains un Contaflex Zeiss Ikon. Cet appareil ne doit pas être donné, me dis-je. Pensant à son (ou sa) propriétaire, je décide de le rapporter au bureau des objets trouvés de l’établissement ferroviaire.

1970 Foyer des jeunes travailleurs de Périgueux R f Sur le toit du FJT.

L’esprit tranquille, je mène à bien mes emplettes d’artiste en devenir et je m’en retourne de la même manière à Périgueux. Un an plus tard, toujours accroché à mes pinceaux, je reçois une lettre de la SNCF me disant : -Monsieur, vous avez déposé « aux objets trouvés » il y a un an et un jour, un appareil photo que personne n’est venu réclamer. Aussi, nous avons le plaisir de vous informer que cet appareil désormais vous appartient et qu’il reste à votre disposition- Me souvenant de la qualité apparente de l’appareil photo, je me dis que je ne ferai pas le voyage pour rien.

Et voilà que cette boîte magique et troublante, va me sortir de plus en plus fréquemment de mon atelier statique de peinture. Impertinente, elle n’aura de cesse de me déranger pour me révéler le mouvement du dehors.