Jean BOUSSUGES, le poète du Coderc

Jean Boussuges le poète du Coderc
 
Au revoir Jeannot
Cimetière Saint-Georges à Périgueux, le 25 février 2013, à 15 heures
Ils t’accompagnent dans ta maison secondaire comme tu aimais si bien l’appeler, au fin fond du boulevard des allongés dans le quartier Saint-Georges ; les hydropathes copains de poésie, les cos-pain avec qui tu as partagé le pain et les amis touchés par ton inépuisable humanité.

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Jean Boussuges

L’hiver est là aussi, tirant ses dernières cartouches avant la renaissance du printemps et il ne fait pas semblant le bougre. Le vent du nord donne quelques coups timides, mais ô combien piquants pour ces gens serrés comme pour se protéger dans une Société Protectrice des Humains, dont tu rêvais pour demain. Tes frères hydropathes disent quelques poèmes qui te ressemblent. Un Vive l’Anarchie rebel prend son envol au-dessus des casquettes et des bonnets. Quelques flocons tombent parmi les mots d’amour dont l’écho empli ta tombe. Sans fleurs, ni couronne avais-tu dis. Mais ce ne sont que des pétales de roses rouges et or mon seigneur. Chacun en prend une pincée dans la corbeille en osier pour te recouvrir de couleur. Des pétales de roses, c’est bien peu de choses mon Jeannot. Nous sommes plus solitaires qu’hier, mais comme disait si bien Le Grand Jacques, oui notre bon maître, oui notre monsieur, six pieds sous terre Jeannot, tu frères encore et crois moi, ton œuvre sera toujours en partage bien au delà de la mort pour ceux qui aiment les mots. Bernard Chubilleau
Le poète du Coderc Il ne vous demandera rien, ou si bien, Un sourire, une poignée de mains, Des choses simples, pas chères, dont on rêve, De l’amour de l’amitié, Des choses pas si compliquées, Mais si souvent absentes qu’on en crève. Ha, Poète ! Rêveries solitaires sans lendemain, Comme ta Société Protectrice des Humains. Ici tout le monde le connaît, le poète du Coderc. Une grande barbe fleurie posée sur une petite silhouette, A pied ou à vélo, vous le verrez passer comme une fête. Avec son brout ou son charretou, Il transporte des tonnes d’idées, Des pensées philosophiques, des mots doux. Les yeux malicieux, il vous donnera ses vers pour bienfaits, Comme un gosse qui a fait une bêtise bien pensée ! Des mots jolis, rythmés comme sa vie, Ses copains d’abord, peintres, écrivains ou photographes, Dont il trace le portrait de quelques paragraphes, Son fer croisé en Algérie, Une guerre sans nom, une connerie. Il ferme ses blessures pour vous ouvrir son cœur Et vous offre sa poésie comme un bouquet de fleurs. Maires et ministres l’habillent de palmes académiques. Il les remercie dans un tutoiement bien sympathique ! On lui écrit du monde entier à une adresse inventée : ‘’Le poète du Coderc, 24000 Périgueux’’. C’est à la place du marché et des gens heureux. La vie est simple ici, ce n’est pas un subterfuge, Vous y rencontrerez son poète, Jean Boussuges. Bernard Chubilleau Le 02/12/2004.
Discours en mémoire de Jean Boussuges Le 25 février à 15 heures au cimetière de Saint Georges par Maurice Melliet, son co-pain*

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Maurice Miellet Cher Jeannot

Aujourd’hui, nous voici devant ta résidence secondaire, C’est comme cela que tu parlais de ce caveau de famille. Je ne te ferais pas le coup de Bossuet qui lui, était payé pour dire du bien des têtes couronnées fauchées par la camarde. Jeannot, tu nous laisses l’une des plus belles histoires de Périgueux et du monde au travers de ton œuvre. Certainement quelques milliers de poèmes. Tu écrivais comme un chroniqueur en racontant la vie des gens. Tu y mettais ta passion très personnelle. Tu avais le goût du verbe bien ficelé, le mot souvent gentil, la phrase qui plait, le poème qui dit tout. Je relisais tes premiers mots dans ce livre écrit pour toi et tu disais : “je me demande pourquoi j’ai accepté que Maurice Melliet vienne me déshabiller pour écrire ma bio ! J’ai peur d’en dire trop, je préfère mon livre posthume à moi.” et nous voici à la dernière page de ton livre. En 2007, Yves Guéna disait de toi que tu étais unique et qu’il n’y avait pas d’autres Jeannot à sa connaissance. Xavier Darcos écrivait dans ce même livre que tu étais un génie et l’un des monuments vivants le plus précieux, il te décrivait aussi comme un zélateur profane mais guidé par l’humilité. Jeannot, tu savais te taire quand il le fallait, mais tes silences parlaient encore plus fort que le bruit des autres. Sage tu étais ! Sage tu le resteras. Depuis 25 ans que je te connais et surtout depuis ces cinq dernières années ou j’ai été très proche de toi afin de t’aider dans ton quotidien, tu n’as jamais dit du mal de personne, même pas de toi ! Ton amitié pour moi a été au-delà de mes espérances ! Elle a prit la forme d’une fraternité et d’une fidélité sans égal. Homme de paix, tu à tenter de tuer l’injustice et de faire sauter les poseurs de bombes en faisant la guerre à la guerre par les mots mais aussi par des actions… et tu écrivais dans l’une de tes “pan’c’ avec humour : “le comble d’un pacifiste, c’est de dormir en chien de fusil”… Tu as inventé la “société protectrice des humains” après avoir milité sur plusieurs fronts humanitaires notamment à “Terre des hommes” en tant que correspondant pour la Dordogne Pendant la guerre du Vietnam ou tu t’occupais de dossiers d’adoption. A “Citoyen du monde” tu militais contre toute atteinte à l’homme en dénonçant les essais nucléaires en Polynésie et d’autres atteintes à l’être humain. Tu as été membre du Comité National de résistance à la Guerre et à l’Oppression. La camarde est venu plusieurs fois te tirer par les pieds : 1- Le golfe d’Akaba en partance pour Katmandou, l’époque des chemises à fleurs. Ensablé, évanoui, tu es sauvé par une chèvre et son bédouin. L’homme du désert te soigne et te remet debout, tu continue ton chemin jusqu’à la ville des sacs à dos. 2- Puis un coma à forte dose d’anis et de houblon qui dura 55 heures sans soins et sans visite, tu te relève comme un seul homme et tu décide de réduire un peu la voilure en se contentant de diable vert… Mais pas pour longtemps… 3- La hernie que tu choyais depuis un certain nombre d’années au point de faire rougir un ballon de handball… Le premier billard de l’ensemble des 3 premières vies sans les boules et la canne ! 4- La tuile qui te prive de ta voix et de ta main préférée, celle qui écrit tes poèmes par cette saloperie d’AVC qui laisse toujours des traces sauf sur le papier. 5- Ensuite ta mâchoire qui quittait son logement tout les 4 matins au point que des bouts de ficelles ne suffisaient plus. Ce carabin aux urgences à la veille de Noël qui filtrait les entrées pour que le personnel puisse mettre le petit jésus dans la crèche. Tu lui avais dit avec difficulté « je vais crever à cause de toi et tu viendras à mon enterrement », mais il n’est pas parmi la foule puisque malheureusement tu es là pour tout autre chose… Aujourd’hui la camarde te rattrape et te laisse sur le carreau avec une leucémie galopante et aussi par l’usure du bon temps que tu as pri depuis ton adolescence. Jeannot ne t’inquiète pas, tu auras une sixième vie au travers de ton œuvre poétique qu’il nous faudra à chacun des Hydropathes entretenir avec la même passion que tu as eue pendant cette longue vie de poète. Si à un moment d’une de tes vies, tu as choisi l’anarchie, c’est parce que tu ne croyais plus en ces Dieux politiquement corrects où il fallait faire des courbettes. tu te permettais de tutoyer les ministres et les bourgeois de Périgueux, et tu n’as jamais rien demandé à la société même ce qu’elle te devait… Tu étais comme moi, tellement athée que tu croyais en tout et particulièrement en l’être humain dans ce qu’il a de plus humain et sans distinction de race ou de religion. Tu as fait dans ta vie beaucoup plus qu’un simple citoyen, tu a vu le monde pour mieux le comprendre. Tu as dénoncé les empêcheurs de tourner en rond sans les condamner. Jeannot, tu ressemble à Dieu, à Bouddha, à Mahomet, à Gandhi et à toutes les personnes qui aiment et qui font de la paix leur sacerdoce. tu n’as été l’apôtre de personne sinon d’un Jacques Brel, Georges Brassens, Bobby Lapointe, Mouna Aguigui, Emile Goudeau, Gaston Bachelard, Jacques Prévert bien sûr, Lecoin, Lorulot, Noé Chabot, Gibertie dit Gib’s,… et tant d’autres qui ont traversé tes cinq vies. Tu as été le ciment du Club des Hydropathes, qui grâce en partie à toi approche ses 13 ans d’existence, tu y seras toujours présent, je te le promets. Emile Goudeau viendra certainement te saluer dans les prochains jours pour te féliciter de l’avoir remis sur pied et nous continueront à vous faire vivre tous les deux. Des opportunistes à la petite semaine ont tenté de te piquer ton trône de poète du Coderc, mais n’est crainte, tu le resteras dans la mémoire collective parce qu’il n’y aura jamais deux poètes du Coderc. Tes amis, ta famille, tes copains, quelques élus sont là pour te voir franchir le seuil de ta résidence secondaire et de continuer à dénoncer les injustices et les atrocités de ce monde. Merci mon pote Jeannot, tu m’as fait vivre des moments exceptionnels à tes côtés tout au long de ces 25 ans. Merci de votre attention Maurice Melliet * co-pain = terme employé par Jeannot quand il avait cassé la croûte avec un ami. celui-ci devenait un co-pain.

COMMUNIQUE DE PRESSE Périgueux, le 21 février 2013 Service : Cabinet du maire Disparition de Jean Boussuges : réaction de Michel Moyrand, maire de Périgueux

« Moi qui n’ai jamais eu 20 ans Peut-être aurai-je 100 ans Cela dépend de la camarde Aussi d’y être il me tarde » * La camarde a finalement choisi de rendre visite au poète du Coderc et s’en est allée avec lui, quelques décennies avant ses cent ans… Comme tous les Périgourdins, j’ai eu l’impression en apprenant aujourd’hui le décès de Jean Boussuges qu’une partie de Périgueux s’était évanouie. Disparus son franc-parler, sa sincérité, sa chaleur et aussi son écoute mais le personnage et l’homme, qui rendait tant de services et était apprécié de tous, resteront dans nos mémoires et l’ami qui s’en va ne quittera jamais la mienne. Figure de Périgueux, aussi cultivé que réservé, auteur de nombreux recueils de poésie, fondateur du club des Hydropathes Jean Boussuges incarnait à sa manière l’esprit périgourdin, volontiers frondeur mais toujours de cœur. Il manquera et nous manquera. A ses proches et ses amis, j’adresse, en mon nom personnel et au nom du Conseil municipal mes plus sincères condoléances.

* Extrait du poème « Chiffres » issu du recueil Tout neuf publié par l’auteur en 2008. Michel Moyrand Maire de Périgueux Vice-président du Conseil régional d’Aquitaine Texte et Photos © Bernard Chubilleau

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